Nairobi. Trois millions d'habitants. Une urbanisation qui s'étend et l'un plus grands "slum" (bidonville) d'Afrique: Kibeira, près d'un million de gens qui s'entassent dans des baraques en tôle ondulée, avec des rues en terre qui deviennent fleuve de boue à la première pluie, avec de pauvres étals ici ou là de quelques tomates.
A écouter ce matin les ONG et les membres de la société civile du Kenya, on mesure une fois de plus que la crise financière dans laquelle l'Afrique n'était pour rien a été payée ici au prix fort. D'autant qu'elle survenait quelques mois après la crise alimentaire qui avait frappé l'Afrique de plein fouet.
Mais l'Afrique se relève nous dit-on, raison de plus pour amplifier les aides au développement.
Quant au Kenya, il se débat avec sa future Constitution qui doit être ratifiée par référendum en juin "Et vous connaissez les risques des référendums" nous disent, malicieux les dirigeants Kenyans.
Ce soir, dans la maison de Karen Blixen (celle de Out of Africa), le Premier ministre, Raila Odinga donnait un dîner de bienvenue en compagnie de nombreux membres de son gouvernement. J'étais à côté de lui (son autre voisin étant Bob Geldof, l'ami infatigable et charismatique des Africains depuis 20 ans). Raila Odinga m'expliquait les enjeux de ce référendum qui contient deux bombes explosives.
L'une, concerne des tribunaux islamiques (le Kenya compte 12 à 15% de musulmans) qui ont paraît-il toujours existé dans les Constitutions précédentes) et appelés à traiter des mariages et des successions. Les supprimer serait considéré comme un affront fait aux musulmans et une victoire insupportable des chrétiens intégristes.
Ceux-là mêmes qui se battent contre la possibilité que le futur texte constitutionnel ouvre la voie à l'avortement légal. De toutes façons dans le texte de la future Loi Fondamentale, il sera précisé que "la vie commence à la conception". Oui, je sais, c'est mal barré, mais le pays est fondamentalement chrétien. Les intégristes voudraient qu'on s'en tienne là. Mais les autres, - dont justement le Premier ministre - voudraien t inclure une phrase dans le genre "sauf si la santé de la mère est en jeu". Ce qui n'est à nos yeux pas grand chose, mais laisse le dernier mot aux médecins et donc permet l'avortement légal. Belles bagarres d'ici juin, donc.
Je leur ai évidemment parlé d'Obama et de ses origines kenyanes. Il paraît que les Kenyans en sont si fiers, qu'ils lui reprochent de ne pas être déjà venu en tant qu'"enfant du pays", visiter la patrie de son père.
N'insistez pas là-dessus, leur ai-je dit, sinon cela apportera du moulin à tous les Glenn Beck et Limbaugh qui clament partout qu'il n'est même pas américain! Bref, à chacun ses intégristes...
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